Édito : Brûlante actualité

La vie ressemble à une vannerie aléatoire composée d’un ensemble de cercles, de cycles, entremêlés harmonieusement. L’harmonie est globale, car dès lors que l’on s’attache à en regarder le détail, drames et chaos la remplacent souvent.

Les mouvements de population humaine sont un de ces cycles qui s’inscrivent souvent dans la douleur. Ils existent depuis la nuit des temps et sont à l’origine de l’expansion de l’humanité, de sa dynamique, de sa diversité, par métissage…

La peur les accompagne souvent, elle prévaut sur l’enrichissement qu’ils portent en eux. Aujourd’hui, des migrants syriens viennent frapper à nos portes… Avant-hier, ils étaient bretons ou auvergnats ! Hier, espagnols, portugais, italiens, turcs, arméniens, africains… Quand ils sont de masse, jamais ces déplacements ne se font de gaieté de cœur. Qu’ont à voir ces migrations avec la vannerie…? Oh, presque rien ! Sauf que ces déplacements de populations s’accompagnent aussi d’apports évidents (culturels, technologiques, intellectuels, etc.) dont nous profitons. N’en doutons pas, nos techniques vannières doivent beaucoup à ces migrations.

Dans ce n° 14, papi Longo est à l’honneur (cf. p. 35). Sa fille Conchettine Longo Perli* se souvient : « De la Calabre, ma terre natale, il ne me reste en mémoire que mes cris et mes larmes. Abandonnant sur le quai ceux qui ne partiraient jamais, ce long voyage nous conduirait en France. Mes parents avaient à peine 30 ans, ils ont quitté, avec déjà 4 enfants, parents, amis, racines, culture, traditions, cherchant désespérément à nous offrir ce qui leur semblait le meilleur, avec leur labeur bien sûr. Pour nous, pour eux, ils ont tiré un trait douloureux sur leur passé. Être émigrant, c’était dans les années 1950, dantesque !

Chaque jour était une épreuve avec son lot de difficultés à surmonter en silence. Ils ont dû s’imposer. Souvent il y eut des coups de gueule et des coups de poings autorisés par leur folle jeunesse et la rage de réussir… » Ce texte a une résonance singulière. Le petit garçon est devenu un vénérable nonagénaire qui prend plaisir à transmettre tout ce qu’il peut à ceux qui lui en font la demande ; aux enfants de cette République qui ont jadis accueilli ces « Ritals », parfois à reculons…

Loin de moi l’idée d’avoir une vision trop angélique des choses. Nos choix et les enjeux économiques pèsent lourd, la mondialisation est un redoutable rouleau compresseur, sur lequel nous avons peu de pouvoir. Sur ce même sujet, deux grands événements vanniers, l’un en Pologne, l’autre en Allemagne, nous ont permis d’appréhender les difficultés de cohabitation de mondes économiquement très éloignés… Pourtant ces deux événements nous ont montré que des rapprochements étaient possibles. Qu’il était enrichissant de mieux se connaître, pour mieux se comprendre ; de mieux s’accepter pour mieux s’entraider. Ce furent les leçons de ces rencontres. Ainsi, faire les plus beaux paniers du monde, dans un cadre social plus sécurisé qu’ailleurs, n’empêche pas de tendre la main aux femmes d’Afrique qui cherchent à se libérer du joug féodal qui les opprime… Et c’est tant mieux, c’est bien tous ensemble que nous passerons les obstacles à venir, permettant à nos savoirs de perdurer, bien au-delà de toutes les innombrables difficultés qui nous accablent et nous affectent.

Bernard Bertrand

* Conchettine Longo Perli, L’Enfant berger de Calabre, auto-édition.

 

Édito du LLC n° 14 (décembre 2015), disponible en version papier ou numérique (PDF).


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