Édito : Les mariages de passions !

_I3C5214J’aurais pu faire cet édito sur le coût d’une revue qui, inévitablement, croît… Sur les augmentations des frais postaux, du prix du papier, et l’inéluctable augmentation du prix de l’abonnement… Bref, parler du quotidien et des difficultés à boucler les budgets. J’aurais pu !

Mais, non pas envie… Trop chiant, en restant poli !

J’ai plutôt envie de positif ! Et les dossiers de ce trimestre sont si riches qu’il serait bien ridicule de se focaliser sur l’économie domestique !

Le contenu est tellement plus rigolo.

Techniquement, vous allez vous régaler, il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux, à vous de le découvrir.

Humainement, c’est passionnant… Rien que cette saga des pêcheurs-vanniers (ou vanniers-pêcheurs), est une véritable vitrine de ce qu’a pu être, dans de nombreux domaines, notre rapport à la vannerie. Ces passionnés nous offrent un témoignage contemporain de la place du tressage dans le quotidien d’une société humaine traditionnelle. Et cela ne se passe ni dans la jungle de Bornéo, ni en Amazonie ou à Tahiti, mais à côté de chez nous… Et nos voisins sont les héros de cette saga…

Le lien entre l’activité et l’outil créé pour assouvir un besoin vital, car nourricier, mais aussi passionnel, est si spécifique que nous nous sommes permis d’inventer un nouveau binôme pour le définir : le pêcheur-nassier. Un être hors du commun qui associe deux passions : la pêche et la vannerie !

Dans un numéro précédent, on aurait pu faire de même avec l’apiculteur-ruchier, mais c’était moins poétique et ça pouvait prêter à confusion…

Par contre, cela nous montre que le pêcheur-nassier n’est pas un exemple unique de pluriactivité séculaire ! Il y a encore aujourd’hui quelques beaux témoignages de ces relations transversales entre deux activités en apparence éloignées, mais pourtant complémentaires et parfois même indissociables.

Il y a beaucoup à dire sur ce sujet.

Ce que nous retenons ici, c’est la persistance de ce lien étroit et ce qu’il a généré comme histoires humaines…

Si beaucoup de pêcheurs sont devenus vanniers, et/ou nassiers, ce n’est pas un hasard. Le phénomène est dû à une conjonction de facteurs déclenchants.

D’un côté, des ressources piscicoles abondantes, accessibles à tous, mais de peu de valeur marchande… D’où, pour les plus pauvres, la difficulté à investir dans du matériel acheté à un artisan… De l’autre côté, des ressources, végétales, elles aussi à portée de main…

Et, pour faire le lien, du temps libre, dû au caractère saisonnier de l’activité…

à partir de là, naît et se développe un savoir-faire qui s’acquiert par l’expérience, se transmet et s’améliore de génération en génération, pour arriver jusqu’à nous.

On retrouve cette genèse des savoirs en agriculture, qui a produit elle aussi des générations de paysans-vanniers occasionnels, non professionnels, mais dont beaucoup possédent un vrai talent.

Belle surprise : la spécificité de ces activités, associée aux exigences des acteurs, à celles de leurs objectifs, ici capturer des proies, créeront une diversité et une qualité de savoir-faire incroyables.

Au-delà de la technique pure,  ce sont donc les histoires humaines qui nous intéressent. De celles qui méritent d’être racontées, car, à proprement parler, extraordinaires. Et ces histoires, à travers le prisme de la vannerie, nous _I3C1910racontent notre histoire.

Faute de place (c’est à chaque fois la même frustration !), nous n’avons pas pu les mettre toutes ; nous y reviendrons donc dans un troisième volet.

En attendant, notre espérons que ces pages stimuleront le mariage de nouvelles passions croisées, gage d’un avenir prometteur pour la vannerie multi-disciplinaire…

Bonne lecture !

Bernard Bertrand

 

Extrait du LLC n° 11 de mars 2015


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