Osiériculteur, un métier pour se dépasser !

Textes Séverine Boyer, photos Patrick Boyer et Jean-Loup Hefti

Séverine est née dans un panier, il y a 36 ans, au sein d’une famille de passionnés de l’osier. Diplômée de l’École nationale d’osiériculture et de vannerie en 1998, elle a travaillé à la coopérative de vannerie de Villaines-Les-Rochers pendant près de 15 ans. Avec Patrick, son mari, elle est à la tête de l’une des plus importantes osiéricultures de Touraine. Le couple, s’appuyant sur l’expérience familiale, a su faire évoluer son métier, en le mécanisant, trouvant des solutions techniques à des problématiques ancestrales. Ils témoignent ici de leur expérience.

Préparer le terrain

osiergue2Contrairement aux idées reçues, l’osier ne pousse pas tout seul. L’obtention d’un osier (1) de qualité, demande une attention particulière. Il y a encore peu de temps, toutes les étapes de production se faisaient à la main et elles ont pu se moderniser principalement durant les 40 dernières années. La production
étant très pénible, les osiériculteurs ont cherché à soulager leurs différents maux (douleurs de dos, de cervicales, canal carpien, coupures…). Pour éviter au maximum les manipulations, l’osiériculture s’est mécanisée.
Sauf à la plantation, qui s’effectue toujours à la main ! Là, seuls les écarts entre les boutures ont évolué. Plus les boutures sont serrées, plus la plante pousse droit, moins ses rejets sont gros et moins il y a d’adventices (2). Il faut compter environ 120 000 osiergue3boutures (3) par hectare, qui devriendront des osiers capables de produire durant 15 à 20 ans, en pleine terre. Avant de planter, il est très important de préparer le terrain. Pour assurer une bonne reprise et un bon développement de la plante, il faut travailler la terre sur une épaisseur et une largeur de 40 cm minimum, afin de permettre un bon développement des racines et éliminer un maximum d’adventices. Mais aussi pour éviter la concurrence des autres végétaux et la prolifération des insectes. Avant de planter une parcelle, nous faisons une analyse de la terre pour connaître la nature du terrain et savoir quel apport doit être fait ou non.

Agriculture intégrée…

Cette parcelle est travaillée pendant un an et demi à deux ans avant la plantation. Nous travaillons à l’aide de la charrue, de la herse rotative et alternative et éventuellement d’une sous-soleuse. La terre est maintenue nue, au canadien, le but étant d’éliminer un maximum d’adventices.
Durant toute la période de pousse (de mars à septembre), l’entretien et la surveillance des parcelles occupent tout notre temps. Ce que chacun peut faire dans son jardin, nous le faisons dans nos champs. Nous effectuons entre deux et cinq passages dans chaque rang de binage et sarclage pour éliminer un maximum d’adventices (principalement le liseron). Pendant ce temps, nous observons le développement d’éventuelles maladies (rouille, chlorose, oïdium,
tavelure…), celui toujours possible d’attaques d’insectes (cécidomyie, cicadelle, chrysomèle…), de rongeurs (lapins, ragondins) et d’herbivores (chevreuils…). En cas d’attaques, selon leur importance, nous choisissons ou non d’intervenir. En étant proche de la plante et de la nature nous pouvons connaître le moment ultime afin d’intervenir dans le respect des osiers et de leur environnement. Pour notre exploitation, soucieux des questions environnementales, nous sommes engagés dans une démarche d’agriculture et de développement durables. Ainsi, nous n’utilisons pas d’engrais chimiques et nous pratiquons une agriculture intégrée (4). Comme pour toutes les cultures, les ravages de la grêle sont à craindre après un orage violent (s’il a lieu avant la fin du printemps). Il arrive alors que l’on doive effectuer une coupe juste après les dégâts (cet osier étant perdu). Les rejets repartent alors sur des rameaux sains, sans impact de grêlons, mais ils perdent en hauteur. Un osier qui aurait pu mesurer 2,60 m à la récolte ne fera plus que 1,20 m maximum s’il a été grêlé et retaillé.

En sève descendante

Les rameaux d’osier sont récoltés l’année de leur croissance, après les premières gelées, en sève descendante, durant l’hiver.
Il y a moins de 40 ans, la récolte se faisait entièrement à la main à l’aide d’une serpe. Puis, les osiériculteurs se sont équipés de motoculteurs avec une barre de coupe.
Aujourd’hui, nous sommes plusieurs osiériculteurs à utiliser une machine moderne de récolte, inspirée par le principe d’une machine à récolter des poireaux. Notre équipement a été réalisé par Patrick et mon père, durant l’hiver 1999. Équipée d’une barre de coupe et d’un lieur pour le
conditionnement, cette machine nous permet d’avoir moins de manipulation de l’osier et de réduire le nombre de trajets entre les lieux de récolte et la ferme.
Après la récolte, l’osier est rentré à la ferme pour être trié et calibré. Durant le tri, nous éliminons les brins attaqués (maladies, insectes, impacts de grêle…). Nous enlevons tous les brins branchus et recoupons les pieds avant de passer l’osier au fût de calibrage. Ce calibrage est effectué tous les 20 cm, il permet également un calibrage par grosseur.

Ce que devient l’osier

Une fois calibré, l’osier pourra avoir différentes destinations.
Nous sélectionnons des tiges saines pour la réalisation de boutures et de haies tressées en osier ; elles sont conservées vivantes au bassin, les pieds dans 15 cm d’eau. L’osier de vannerie est mis à sécher naturellement dans le séchoir (barres sous les toits) pour un minimum de six mois a$n de proposer de l’osier brut (5). Une qualité qui demandera entre 8 à 30 jours de trempage pour retrouver sa flexibilité (suivant les variétés et les grosseurs). L’avantage d’utiliser de l’osier brut séché est qu’il n’y aura pas de retrait lors du tressage et du séchage de la vannerie. Ceci est dû au fait qu’il a perdu son eau. De plus, suivant les variétés utilisées, le vannier peut jouer avec les couleurs.

Et l’osier devient blanc !

guedroit2guedroit2Nous disposons une partie de notre récolte dans des bassins (routoirs), les pieds dans l’eau. Cela provoque une montée de sève au printemps et permet son osiergue1décorticage. En repartant en végétation, la sève remonte entre le bois et l’écorce et pendant une période très courte, de début mai à mi-juin, les osiériculteurs peuvent enlever l’écorce des brins pour obtenir de l’osier blanc.
L’écorçage (ou pèlerie) a lieu seulement pendant les jours de beau temps. Une fois pelé l’osier doit sécher rapidement pour éviter les moisissures. Il est donc exposé au soleil et au vent pendant toute une journée.
Pendant ce temps, la prochaine récolte pousse déjà dans les champs et demande attention et vigilance. Avant l’arrivée de l’électricité, l’écorçage lui aussi se faisait à la main, brin par brin ! Très souvent, le travail était effectué par les femmes et les enfants avec des ciroirs ou plombs, pendant que les hommes eux étaient dans les champs, occupés à biner leurs osiers.
Avec l’arrivée des moteurs électriques, les machines de type Claveau (6) sont apparues. Elles permettent d’écorcer poignée par poignée les tiges d’osier, fermement tenues en main ! Les vibrations de la machine sont intenses et insoutenables, à tel point qu’il faut se relayer pour l’utiliser toute la journée. Mais grâce à cette machine, les osiériculteurs ont gagné en productivité et malgré les moteurs, la force physique est toujours énormément sollicitée.
Ces conditions de travail très difficiles ont poussé mon père, J.-Loup Efti, à réaliser sa machine à décortiquer en 1991. Constitué de deux tambours, l’outil compte plus de 500 ciroirs, et permet de passer une botte à la fois. La personne qui est aux commandes de la machine n’a plus besoin de tenir ou de maintenir les brins. C’est un vrai bonheur de l’utiliser. Aussi elle a pu inspirer la fabrication d’autres modèles. L’osier décortiqué sera encore séché, avant d’être conditionné en bottes et stocké. Six mois plus tard il peut être travaillé par le vannier, après trempage.

Une profession noble

osiergue4En osiériculture, la mécanisation s’est faite rapidement et sans aide. Chacun de son côté a répondu à ses problématiques particulières, c’est pourquoi chacun possède son propre matériel. On doit à la créativité des professionnels, et parfois aux enseignements tirés des accidents de travail, la mécanisation sur les exploitations.
Par contre, on peut constater un paradoxe étonnant : l’osiériculture a évolué de manière importante juste au moment de la chute de la demande. Pendant les années 60-70, l’arrivée du plastique et du carton a fait chuter la production de vannerie et, par conséquence directe, celle de l’osier. À cette époque, il y avait de grandes surfaces exploitées. Aujourd’hui, les osiériculteurs exploitent de petites surfaces, mais sont mieux équipés. En fait, cette mécanisation tente de répondre également à l’augmentation du coût de la main d’oeuvre. c’est pourquoi les exploitations osiéricoles restent souvent des exploitations familiales, qui n’emploient pas ou peu de salariés.
Un brin d’osier, malgré toute cette mécanisation, reste pris ou croisé entre 20 et 30 fois avant d’être employé au tressage. Le métier d’osiériculteur reste malgré tout très manuel. C’est une profession noble, à laquelle nous restons très attachés et qui nous permet de nous dépasser régulièrement.

1 – Osier : rejet de l’année du saule (nom de genre latin : Salix).
2 – Adventice : désigne, pour les agriculteurs et les jardiniers, une plante qui pousse dans un endroit où l’on ne souhaite pas la voir se développer.
3 – Bouture d’osier : nommée aussi « tacot », morceau d’osier dépourvu de racines, d’environ 25 cm de long, préalablement sélectionné pour avoir une pousse saine.
4 – Agriculture intégrée : Integrated Farming, basée sur une approche agronomique (fertilisation organique, lutte biologique), qui s’autorise le recours à des traitements chimiques ciblés en cas de besoin.
5 – Osier brut : tige d’un an, séchée avec son écorce pendant au minimum 6 mois.
6 – Claveau : constructeur de machines à écorcer.

 

Extrait du LLC n° 6 de décembre 2013


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