Édito : Une utopie réaliste !

Voici le quatrième été que nous allons passer ensemble… Certains d’entre vous vont partir avec leur LLC n° 16 sous le bras (ou dans la serviette de bain !) et le déguster pendant leurs vacances. Rien que cette idée nous emplit de joie ! Elle est, pour nous, comme un rêve qui se prolonge… Le signe tangible et estival que l’aventure continue.

Ce numéro 16 a un air de vacances, grâce à Kim et à sa visite chez les Indiens kogis… Moments précieux qu’il faut savourer, tant ces opportunités de « vrais » échanges avec d’autres cultures deviennent rares et trop souvent artificiels, car réalisés sous l’étiquette « tourisme ethnologique ou écologique ». Parfois équitable, heureusement.

Mais les belles rencontres ne se font pas qu’aux antipodes, et l’on peut s’interroger sur le fait qu’il est plus facile de mobiliser des énergies et des fonds à la défense des cultures de l’autre bout du monde, plutôt qu’à sauver notre propre culture. Elle aussi est faite de nature (sous couvert de ruralité), et ses derniers représentants « galèrent » tout autant pour valoriser leur travail et leurs choix de vie. Ainsi, il est essentiel de garder à l’esprit l’importance qu’il y a à se mobiliser pour l’une comme pour l’autre, afin que ni l’une ni l’autre ne soient sacrifiées sur l’autel du développement économique.

Cette compassion pour l’exotisme est sans doute la conséquence du profond et inconscient sentiment de culpabilité qui nous ronge collectivement. Sentiment qui est la conséquence des exactions civilisatrices de nos aïeux (colonisateurs et missionnaires), relayées aujourd’hui par le rouleau compresseur d’un modèle économique dominant. Celui-ci, via ses multinationales – plus puissantes que les états eux-mêmes –, tentent d’imposer un modèle de vie unique à toute la planète, dont le risque majeur est l’éradication de la diversité culturelle. Pour éviter le pire, rien de mieux que de mettre en lumière ces savoirs simples et accessibles à tous, chez nous et ailleurs.

Notre dossier central fait d’ailleurs écho à cette thématique. Savoir uni- versel s’il en est, la vannerie spiralée cousue a été pratiquée partout autour du monde avec des résultats (des bonheurs) tous différents. On le voit à travers ce sujet, inspiration et créativité sont la source d’une très grande diversité. Pourtant, partout autour de la planète nos aïeux pratiquaient une vannerie avant tout utilitaire. Cette fonction commune n’a pas nui à la diversification, au contraire semble-t-il !

Aujourd’hui, artistes et artisans doivent trouver d’autres mobiles de création pour que la technique reste vivante, évolue et s’adapte aux nouvelles contraintes qui sont sur sa route. Les artistes réunis pour ce dossier ont relevé le challenge, leurs créations en témoignent. L’inspiration est d’abord une illusion qui ne demande qu’à prendre corps ; une utopie tout à fait réaliste.

Mais l’inspiration est aussi procréatrice ; bien diffusée, elle devient communicative.
Et c’est bien notre objectif premier que de semer quelques graines qui germeront rapidement. Gageons que l’été sera propice aux rencontres et aux échanges. Nous comptons bien recevoir de nombreux récits de voyages, d’ici et d’ailleurs, afin d’en faire profiter le plus grand nombre. Bon été.

Bernard Bertrand

LLC 16-couv

Édito du LLC n° 16 (juin 2016), disponible en version papier ou numérique (PDF).